Vélo polyvalent par excellence, le gravel ouvre la voie à une nouvelle approche de l’itinérance sur deux roues : plus sportive, plus engagée, plus aventureuse. Agile et léger, il déverrouille l’accès à la montagne et aux chemins de traverse et multiplie les possibilités d’évasions. A condition de savoir où aller. Car les parcours dédiés à l’itinérance gravel demeurent encore rares ou méconnus. Les territoires propices aux échappées hors asphalte ne manquent pas pourtant dans l’Hexagone. Voici 8 suggestions de traces, officielles ou non, pour goûter à l’aventure façon gravel le temps d’un week-end prolongé ou durant les vacances d’été.
Des tracés longue distance encore rares
Un vélo de gravel et des sacoches de bikepacking, compactes et légères. Voilà la combinaison parfaite pour propulser le voyage à vélo dans une nouvelle dimension ! Avec cette configuration passe-partout, vous repoussez les limites de votre terrain de jeu. A la croisée des chemins entre le vélo de route et le VTT, le gravel se plaît sur toutes les surfaces. Léger, robuste, sportif, il est à l’aise face à la pente et ne rechigne pas à grimper des cols, même hors asphalte. De quoi vous aventurer sereinement sur les sentiers et les chemins de traverse, mais aussi sur les pistes escarpées des zones de montagne. Si toutefois, vous parvenez à cibler un itinéraire taillé pour ce type d’échappée. Car, vous l’avez peut-être constaté, si le réseau des véloroutes balisées s’étend à travers l’Hexagone, les tracés dédiés au gravel font encore figure d’exception. Face à l’essor de la pratique, certains territoires, comme le Luberon ou l’Hérault, ont, certes, développé des parcours adaptés, mais il s’agit, pour l’essentiel, de randonnées courtes de quelques dizaines de kilomètres réalisables sur une journée. Pour de l’itinérance multi-jours ou de l’aventure au long cours, pas grand-chose… ou presque !
S’ils restent encore rares, des itinéraires gravel longue distance ont récemment vu le jour. On vous en présente ici 3 parmi les plus fameux. Et pour compléter cette sélection, on vous propose également 5 parcours de notre composition. Des tracés sauvages et engagés qui vous permettront de vous échapper en pleine nature durant un week-end, une semaine et même davantage.

1. La Grande Traversée du Massif central gravel
Avallon (Yonne) = > Agde (Hérault)
Distance : 1430 km
Dénivelé : 30 000 m d+
Durée : 2 à 3 semaines
C’est un peu la Great Divide (itinéraire mythique traversant les montagnes Rocheuses aux Etats-Unis) de l’Hexagone, une piste exigeante et reculée qui sinue sur l’épine dorsale du pays. La Grande Traversée du Massif central, GTMC pour les intimes, est, à l’origine, un itinéraire destiné aux vététistes. Mais l’engouement pour le gravel est passé par là. Alors pour satisfaire ces adeptes de la bourlingue sur deux roues d’un nouveau genre, une variante a été imaginée. Sur cette version gravel, exit les tronçons les plus techniques qui auraient imposé des sessions de portage répétées. La trace n’en reste pas moins exigeante et conserve toute sa force de caractère. Au programme, plus de 1400 km (et 30 000 m d+ !) à travers le Morvan, les volcans d’Auvergne, les Cévennes et les plateaux des Grands Causses avant de rejoindre la Méditerranée. Une aventure de longue haleine qui nécessitera entre deux et trois semaines de selle. A moins que vous ne préfériez effectuer cette rando XXL en plusieurs fois. Plusieurs gares, en cours de route, vous permettront de découper l’itinéraire en plusieurs tronçons.

2. La Grande traversée du Jura gravel
Mandeure (Doubs) => Culoz (Ain)
Distance: 385 km
Dénivelé : 7500 m d+
Durée : 5-7 jours
Là encore, il s’agit d’un itinéraire VTT (la plus ancienne grande traversée de France inaugurée en 1992) décliné en version gravel. La trace est donc expurgée de ses portions les plus engagées et techniques au profit de passages plus roulants. Pas de quoi en faire une promenade de santé pour autant. La GTJ gravel emprunte plus de 40 % de chemins non-revêtus et affiche un ratio distance-dénivelé non négligeable : 385 km pour 7500 m d+. Du gravel pur jus avec en toile de fond les paysages éblouissants des plateaux du Jura et son patrimoine remarquable. Entre Mandeure (accessible depuis Montbéliard) et Culoz, vous pédalerez à travers le Doubs horloger et ses fermes comtoises, vous passerez au pied du Fort de Joux, sentinelle de la cluse de Pontarlier, vous contemplerez les reflets de la nature dans les lacs communicants de Mortes et de Bellefontaine et, qui sait, peut-être croiserez-vous la route des très discrets grand-tétras et lynx boréal dans les profondes forêts d’épicéas. Pour adoucir les pentes et limiter les risques de vous mettre dans le rouge, pourquoi ne pas effectuer ce parcours en gravel à assistance électrique ? En partenariat avec l’équipementier Bosch, des bornes de recharge ont été implantées dans 10 communes traversées par la GTJ.

3. Route des Grandes Alpes gravel
Thonon-les-Bains (Haute-Savoie) => Nice (Alpes-Maritimes)
Distance : 857 km
Dénivelé : 28 000 m d+
Durée : environ 2 semaines
Cette fois-ci, c’est au tour d’un itinéraire routier mythique de se convertir au gravel. La Route des Grandes Alpes qui propose une formidable échappée en altitude entre le lac Léman et la Méditerranée compte désormais une petite sœur au caractère encore plus sauvage et affirmé. Si elle suit, dans les grandes lignes, le sillage de son aînée en collectionnant les cols de légende (Iseran, Izoard, Bonette…), elle se détourne autant que faire se peut de l’asphalte pour un tête-à-tête encore plus intime avec la montagne sur des pistes sinueuses, des chemins haut-perchés et même quelques singles vertigineux. Une épopée au plus près des sommets qui permet de contempler les Alpes sous un angle inédit à vélo. En toile de fond, des cols muletiers, des villages perdus et des passages insolites comme l’emblématique tunnel du Parpaillon (actuellement fermé pour une durée indéterminée pour cause d’éboulement. Une variante est possible). Classée “très difficile”, cette aventure épique dont plusieurs tronçons imposeront de pousser exige une bonne condition physique et d’être aguerri à la pratique du gravel. Pour atténuer la difficulté, il est toutefois possible d’effectuer le parcours en gravel à assistance électrique. Le tracé a, en effet, été pensé pour que des bornes de recharge soient accessibles à chaque étape.

4. La traversée du Vercors
Valence (Drôme) => Grenoble (Isère)
Distance : 200 km
Dénivelé : 4200 m d+
Durée : 3-4 jours
S’il existe une Grande Traversée du Vercors à VTT, le massif ne compte pas officiellement d’itinérance longue calibrée pour le gravel. Pour l’heure, le territoire se contente de parcours à la journée ou à la demi-journée qui méritent amplement le détour, mais pour une randonnée multi-jours, il faudra improviser. C’est ce que nous avons fait en traçant cette échappée au long cours reliant Valence à Grenoble (deux villes facilement accessibles en TER) via les hauts plateaux du Vercors. Composé pour plus d’un tiers de pistes et de chemins d’altitude, cet itinéraire engagé explore, côté coulisses, cette époustouflante forteresse naturelle que forme ce territoire haut-perché. Au programme, des immersions fabuleuses dans les grands espaces du plateau d’Ambel ou de la plaine d’Herbouilly, le franchissement surprenant du tunnel désaffecté du Mortier, mais aussi une plongée dans l’histoire tragique des lieux. Ainsi on croisera, à Valchevrière ou à Vassieux, la trace de maquisards engagés jusqu’à leur dernier souffle contre l’oppression de l’occupant.
Exigeant par le dénivelé, le tracé compte relativement peu de passages techniques ou imposant de pousser (l’ultime descente est éprouvante toutefois.) Il offre même des parenthèses roulantes, sur la Via Vercors notamment. Un parcours idéal pour une première aventure en montagne (bonne condition physique nécessaire), le temps d’un week-end prolongé.

5. La descente en Ardèche
Lyon (Rhône) => Joyeuse (Ardèche)
Distance : 250 km
Dénivelé : 5100 m d+
Durée : 4-5 jours
L’Ardèche est une formidable terre de vélo. Elle doit notamment sa réputation à son épreuve cyclosportive iconique, l’Ardéchoise. Mais le territoire attire également les vététistes grâce à un réseau d’itinéraires off-road très dense et à une grande traversée (GTA) technique et épique. Le gravel, quant à lui, commence aussi à faire son trou et plusieurs parcours à la journée sont proposés à travers le département. Pour un itinéraire bikepacking au long cours, il est nécessaire, là aussi, de tracer son propre parcours. Voici donc un itinéraire de notre composition qui relie Lyon à Joyeuse en Ardèche méridionale. Cette trace qui emprunte un tiers de voies non revêtues se veut résolument sauvage et montagnarde. Elle rebondit sur les chemins cahoteux de plusieurs massifs : les Monts du Lyonnais, le Pilat, le Mézenc et enfin les Monts d’Ardèche. Apprêtez-vous donc à multiplier les ascensions éprouvantes… et à pousser parfois ! Vous grimperez notamment l’emblématique Mont Gerbier de Jonc par les pistes et pourrez savourer, au sommet, une récompense à la mesure de vos efforts : un panorama époustouflant sur le pays des sucs. Une échappée au caractère bien trempé, exigeante pour les mollets, qui nécessitera un minimum d’entraînement et de savoir prendre son temps !

6. A travers le Luberon
Avignon (Vaucluse) => Manosque (Alpes-de-Haute-Provence)
Distance : 117 km
Dénivelé : 2000 m d+
Durée : 2 jours
Le Luberon figure parmi les territoires ayant pris le virage du gravel. Plusieurs itinéraires dédiés à la pratique sillonnent d’ores et déjà cet admirable espace montagneux de Provence. Ils s’échelonnent entre 20 et 80 km et peuvent être parcourus en une seule journée. Le tracé que nous proposons ici est un peu plus long (117 km) et sera idéalement réalisé sur un week-end entier. Il propose une traversée intégrale du massif d’est en ouest depuis la Cité des papes jusqu’à Manosque, pays de Jean Giono. Après une douce mise en jambe sur la piste cyclable Val de Durance, les choses sérieuses débutent avec une ascension spectaculaire, mais redoutable sur une piste décatie qui s’envole vers le Mourre de Cairas et les crêtes du Petit Luberon. Une longue montée en lacets qui déverrouille l’accès à une forêt de cèdres remarquables. Autre point fort de cette échappée provençale, un passage par le Mourre Nègre, point culminant du massif à 1125 mètres, facilement identifiable avec son antenne hertzienne qui coiffe le sommet. Au total, vous pédalerez sur des pistes cyclables, des chemins et des sentiers pendant plus de la moitié du parcours. De quoi s’offrir une parenthèse sportive de deux jours en pleine nature et contempler, vu de haut, ce que la Provence compte de plus beau.

7. Autour du Ventoux
Boucle au départ de Bédoin (Vaucluse)
Distance : 115 km
Dénivelé : 3300 m d+
Durée : 2 jours
Théâtre de nombreux exploits, mais aussi d’épisodes tragiques, les pentes du Géant de Provence sont étroitement liées à l’histoire du cyclisme. Pas étonnant alors que l’emblématique mont Chauve qui culmine à 1910 mètres attire avec autant de magnétisme les adeptes du vélo de route, mais aussi, de plus en plus, les passionnés de gravel. Car la montagne solitaire est accessible, depuis Bédoin, par une piste spectaculaire qui enlace ses épaules minérales et blanchâtres. Un tronçon aérien qui constitue à lui seul une raison suffisante de s’aventurer en gravel sur le secteur. Assurément, il constitue le moment fort du parcours que nous proposons ici qui, sans jamais rejoindre le sommet, rend hommage au Ventoux en vous permettant de l’admirer sous tous les angles. Cette double boucle qui se déroule pour plus de la moitié sur chemin et gravier compact est un régal permanent pour le regard… et pour les mollets aussi qui seront soumis à rude épreuve lors de trois belles, mais exigeantes ascensions. Un gravel à assistance électrique sera le bienvenu pour rendre le dénivelé plus digeste pour les moins aguerris à la pente.

8. Sur les traces de Stevenson
Maubeuge (Nord) => Pontoise (Val d’Oise)
Distance : 263 km
Dénivelé : 700 m d+
Durée : 4-5 jours
C’est sans doute l’itinéraire le plus abordable de cette sélection. Sur cette diagonale du nord de l’Hexagone, le relief reste anecdotique. Le tracé n’en manque pas pour autant d’intérêt. Car il raconte une histoire d’aventure. Le parcours vous place, en effet, dans le lointain sillage de Robert Louis Stevenson. Bien avant d’écrire son chef-d’œuvre, l’Ile au trésor, le célèbre romancier écossais, épris de voyage, s’engage avec un ami, dans un surprenant périple aquatique. Nous sommes en 1876, l’écrivain n’a que 25 ans. Son but ? Relier Anvers, en Belgique, à Pontoise en canoë via les rivières et les canaux du nord. De cette expérience, Stevenson tirera son premier récit d’aventure : An Inland Voyage. Cet itinéraire vous propose de revivre son voyage depuis Maubeuge, 150 ans plus tard et… à vélo ! Guidés par la Sambre, l’Oise et de nombreux canaux, vous découvrirez, au bord de l’eau, un patrimoine riche et vivant et une nature foisonnante. Parmi les moments forts, la découverte de Maroilles et de son fromage emblématique, la visite du familistère de Guise ou encore la traversée de la forêt de Laigue. Pas ou peu de difficultés à signaler. Vous évoluerez sur des petites routes de campagne, sur de nombreuses pistes cyclables en gravier stabilisé et sur quelques chemins de traverse.
Vous ne trouvez pas votre bonheur parmi cette sélection ? Pourquoi ne pas concevoir votre propre parcours en tenant compte de votre localisation, mais aussi de votre rapport à la distance et à la pente ? Certaines applications, telles que Komoot ou Veloplanner, vous permettront de dessiner un itinéraire gravel entièrement personnalisé et de le découper en étapes adaptées à votre profil. Vous pourrez visualiser sur votre écran, le profil du tracé, les points d’intérêt, mais également les différents types de surface auxquels vous serez confrontés. Des infos capitales en gravel. A vos cartes, prêt, partez !